Avril Juin 2023
BICA #181
Le BICA n°181 revient sur l'une des thématiques les plus récurrentes du droit agroalimentaire : l'équilibre des relations commerciales dans la chaîne de valeur agricole. Après EGAlim 1 (2018) et EGAlim 2 (2021), dont les bilans se sont révélés décevants, la loi du 30 mars 2023 dite "EGAlim 3" tente une nouvelle fois de rééquilibrer les négociations commerciales, d'encadrer les pénalités logistiques et d'ériger les règles françaises en lois de police s'imposant à toute relation portant sur des produits commercialisés en France. Ce numéro en présente une analyse fouillée, en rappelant les limites structurelles de ces dispositifs. Quatre décisions récentes sur la qualité d'adhérent, le transfert de droits à produire et la taxe foncière des producteurs-grainiers, ainsi que trois textes sur les CUMA, les organisations de producteurs et l'épargne de précaution, complètent ce numéro.
Sommaire
Un bilan décevant
La loi EGAlim 3 — Loi n°2023-221 du 30 mars 2023
- Le seuil de revente à perte (SRP+10) est prorogé de deux ans jusqu'au 15 avril 2025 (avec exclusion des fruits et légumes).
- La sanctuarisation des matières premières agricoles est renforcée par l'obligation de produire une première attestation du tiers indépendant en amont de la négociation (option 3).
- Les contrats à terme bénéficient d'une dérogation spécifique à la clause de renégociation automatique, sur demande de l'interprofession.
- L'encadrement des promotions est prorogé jusqu'au 15 avril 2026 et étendu à l'ensemble des produits de grande consommation à compter du 1er mars 2024.
- L'obligation de négocier de bonne foi est expressément réaffirmée et son manquement érigé en pratique restrictive de concurrence.
- En cas d'échec de la négociation au 1er mars, le fournisseur dispose, à titre expérimental pour trois ans, de la faculté soit d'imposer un préavis de rupture aux conditions économiques du marché, soit d'arrêter ses livraisons sans préavis sans risquer d'être condamné pour rupture brutale.
- En cas d'accord par médiation, le prix s'applique rétroactivement au 1er mars.
- Une convention logistique distincte de la convention annuelle est instituée, définissant les obligations réciproques et le montant des pénalités.
- Les pénalités sont plafonnées à 2 % de la valeur des produits commandés ; le distributeur ne peut exiger de pénalités pour des manquements survenus plus d'un an auparavant.
- Le gouvernement peut suspendre les pénalités logistiques par décret en cas de situation exceptionnelle affectant la chaîne d'approvisionnement.
- Une obligation de communication à la DGCCRF des montants de pénalités infligées et perçues est instaurée à la charge des distributeurs et des fournisseurs.